Si les marchés financiers ont été passablement chahutés en 2018, le marché du vin a, quant à lui, vécu une année qui s’inscrit dans la continuité des précédentes.

Bordeaux a vu les prix de ses vins se maintenir à des niveaux élevés. Derrière ce mastodonte, d’autres régions continuent de progresser et contribuent à rendre ce marché plus complexe que jamais. Le vin est, de par sa nature même, un actif sensible à d’éventuels effets de mode. Actuellement, les vins élégants et avec un fort sens du terroir attirent le plus d’intérêt. La Bourgogne profite de cette tendance et se place au sommet de la hiérarchie mondiale en termes de prix.

Un marché haussier

La figure ci-dessous montre l’évolution de deux indices-clés: le Liv-ex 100 et le Liv-ex 1000. Le premier suit l’évolution des 100 vins les plus recherchés au monde alors que le second couvre, comme son nom l’indique, un panier plus large de vins. Sur les 15 dernières années, les deux ont nettement mieux performé que le CAC 40 (utilisé comme benchmark du fait de la prédominance des vins français dans les deux indices) ainsi que le FTSE (les indices Liv-ex étant exprimés en Livres Sterling).

Le Liv-ex 100, après une phase de baisse due à une certaine désaffection des acheteurs pour les vins de Bordeaux (qui représentent près des 2/3 de la composition de cet indice), suit depuis 2015 un trend favorable. Cela s’explique, tout d’abord, par une série d’excellents millésimes. Le Brexit a également eu un effet positif : la majorité des grands vins proviennent de la zone Euro mais le marché est centré sur Londres, ainsi la baisse de la Livre a entraîné mécaniquement une hausse des prix exprimés dans cette devise. A ceci s’ajoute encore un intérêt renouvelé des investisseurs. Ces derniers tendent à privilégier les vins les plus activement traités, autrement dit les plus “liquides”, ce qui les rend relativement cycliques.

Le Liv-ex 1000, plus diversifié, se montre plus stable et moins sensible aux aléas économiques. S’il a longtemps été en retrait par rapport au Liv-ex 100, ce n’est désormais plus le cas. En effet, sur les cinq dernières années, il a augmenté de 43% alors même que le Liv-ex 100 ne montait que de 21%. En 2018, tout particulièrement, il a nettement surperformé son homologue. Ceci s’explique par le fait que les vins de plusieurs régions sont désormais autant, voire plus, recherchés que les Bordeaux.

Evolution contrastée des diverses régions

Le tableau ci-contre compare la dynamique des divers sous-indices régionaux calculés par Liv-ex. Les «légendes» de Bordeaux (les premiers crus classés) ont très bien performé, avec une hausse de 35% en cinq ans. Mais ils sont battus par plusieurs régions. La Bourgogne et la Californie ont notamment vu les prix de leurs plus grands vins doubler ou presque.

Les vins italiens ont suivi une tendance globalement similaire à Bordeaux, mais avec des nuances régionales importantes. Le Piémont, en particulier, tire son épingle du jeu et de plus en plus de vignerons de cette région accèdent au statut de «producteur culte», ce qui entraine des hausses de prix considérables de leurs vins.

Vins et régions «à la mode»

Outre les régions représentées dans le tableau précédent, nombre d’autres régions se font gentiment leur place. On retrouve ainsi de plus en plus de vins espagnols, australiens et même suisses être régulièrement échangés. Cette tendance s’explique par le comportement des divers acteurs: les investisseurs se focalisent sur les vins les plus réputés et liquides, les collectionneurs se concentrent sur des vins cultes et rares, et enfin les connaisseurs (qui sont les plus nombreux) chassent les futurs grands vins dont le prix est encore abordable. De fait, l’appréciation des Bordeaux et autres Bourgogne crée un effet d’aspiration qui se traduit par une hausse de la demande pour d’autres vins ayant des profils en ligne avec les préférences actuelles.

Il y a 20 ans, les vins riches et concentrés étaient à la mode. Aujourd’hui les vins de terroir, parfaitement réalisés et ancrés dans la tradition de leur région, ont la faveur des acheteurs. La chute des «vins de garage» (créés pour la plupart dans les années 90 et issus de vendanges très mûres) et l’envol des vins de Barolo (parangon du classicisme à l’italienne) illustrent bien ce changement de paradigme. |

par Dr. Philippe Masset, Professeur assistant en Finance, Ecole hôtelière de Lausanne.

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